Honte. Définition et histoire d'un mot

Feedback sans humilier : sortir de la culture du blâme et sécuriser l'apprentissage

Dans notre société actuelle, l'usage public de la honte est devenu intolérable, et même si ressentir de la honte peut être parfois utile, la honte associée à ce que nous avons fait ou même à ce que nous avons pensé appartient nécessairement au passé.

Honte. Définition et histoire d'un mot

Publié le 12 novembre 2019 | Mis à jour le 28 janvier 2026

Application en entreprise

Contexte : Erreurs cachées, peur de parler, réunions tendues.

Signaux : "Personne n'a rien vu" ; silence en réunion ; messages privés au lieu de discussions ouvertes.

Actions (7 jours) : Recadrer le comportement, pas la personne ; instaurer un "retour d'expérience" sans coupable ; fixer une règle de respect non négociable.

Erreur à éviter : L'ironie et l'humiliation "pour que ça rentre".

Indicateur : Remontées d'incidents + vitesse de correction.

La sécurité psychologique : condition de l'apprentissage

La recherche en management montre que la sécurité psychologique - la capacité à prendre des risques interpersonnels sans crainte de conséquences négatives - est un facteur clé de performance des équipes. Quand la honte et la peur du blâme dominent, les collaborateurs cachent leurs erreurs, évitent de poser des questions, et n'innovent plus. À l'inverse, un environnement où l'erreur est vue comme une opportunité d'apprentissage permet aux équipes de progresser plus vite et de prendre des initiatives constructives. Cette sécurité psychologique se construit par des feedbacks qui ciblent les comportements et les décisions, jamais la personne, et par des rituels de retour d'expérience où l'objectif est d'apprendre, pas de trouver un coupable.

La vision des philosophes

Aristote (384-322 av J.C.)

La "honte de la honte" (aidôs), telle que décrite par le philosophe grec, est une expérience commune à tous. Cette émotion est censée nous préserver de l'indignité en nous faisant craindre le déshonneur. Cependant, si malgré cela, nous commettons un acte indigne, nous entrons dans une deuxième phase de la honte (aiskhunè) qui nous fait craindre les conséquences de notre acte immoral. À ce stade, la honte initiale peut s'intensifier et devenir une mega honte - une honte encore plus grande que la première.

Thomas d'Aquin (1225-1274)

Selon certains, la honte est une émotion noble qui peut nous aider à nous maintenir sur la voie de la vertu en nous empêchant de nous éloigner du bien. Toutefois, ne cultivons pas la honte avec excès, car le contexte embarrassant d'une humiliation peut nous pousser à mentir et à adopter des comportements vicieux. Gardons la honte pour soi, sans en faire étalage. Ainsi, le théologien recommande dans sa Somme Théologique de réprimander son prochain en privé plutôt que de l'humilier publiquement.

Descartes (1596-1650)

Selon le philosophe qui décrit cette "espèce de tristesse", elle est souvent associée à la peur d'être critiqué ou blâmé. Néanmoins, notons que l'absence de cette émotion peut être encore plus problématique, car elle peut mener à un comportement effronté et irrespectueux envers autrui. En réalité, la honte et la gloire sont étroitement liées et sont des forces incitatives à la vertu, l'une par la crainte de la honte, l'autre par l'espoir de la gloire. Ainsi, celui qui ne ressent pas la honte ne pourra jamais jouir de la joie que procure la gloire.

Sartre (1905-1980)

Sartre soutient dans "L'être et le Néant" que lorsqu'on se trouve dans une situation où l'on est pris en train de se curer le nez, ce n'est pas la peur d'être blâmé qui est en jeu, mais plutôt la conscience aiguë que les autres nous voient tels que nous sommes réellement. Cette prise de conscience de notre "mauvais portrait" peut être extrêmement pénible car elle atteint la racine même de notre identité en nous confrontant à l'image que nous avons de nous-mêmes.

Derrida (1930-2004)

La honte peut prendre différentes formes, la première étant la pudeur qui est à l'origine du sacré. Toutefois, selon Derrida, explorons les méandres de la honte pour découvrir une forme de cette émotion qui peut être "honteuse d'elle-même". Cette forme de honte est associée à l'anticipation d'un événement important, que ce soit pour le meilleur ou pour le pire, et peut être source de jouissance. En fait, cette honte peut être si intense qu'elle peut même être mortellement plaisante.

Et le coaching là-dedans ?

Ce que j'en pense, c'est que la honte est le désir de disparaître du regard des autres. Elle surgit lorsque nous sommes en infraction par rapport à des normes ou des règles sociales : commettre une erreur, émettre des bruits avec notre estomac, ou se sentir dévalorisé sous les yeux des autres.

Cependant, la honte est encore plus dévastatrice, car elle est liée à notre identité, et pas seulement à notre comportement. Nous nous culpabilisons pour nos actions, mais nous avons honte de ce que nous sommes en tant que personnes : le dommage est plus profond et peut devenir un obstacle considérable. Les techniques de coaching, qui sont axées sur l'avenir, nous aident à identifier la honte et à la comprendre afin de nous concentrer sur l'essentiel : l'intégrer et la surmonter une fois pour toutes pour avancer. Et cela est extrêmement puissant. Un coaching individuel peut vous accompagner dans ce processus de libération.

Damien

© Quasar Lille

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Questions fréquentes

Comment donner un feedback sans humilier ?
En ciblant le comportement ou la décision, jamais la personne. Utilisez des faits observables ("ce rapport contenait 3 erreurs de calcul") plutôt que des jugements ("tu es négligent"). Instaurez un rituel de "retour d'expérience" où l'objectif est d'apprendre ensemble, pas de trouver un coupable. Fixez une règle de respect non négociable : on peut critiquer une action, jamais une personne.

Quels sont les signaux d'une culture du blâme dans mon équipe ?
Trois signaux principaux : le silence en réunion ("personne n'a rien vu"), les messages privés au lieu de discussions ouvertes (les problèmes se règlent en coulisses), et la phrase récurrente "personne n'a rien vu" quand une erreur est découverte tardivement.

Comment mesurer si la sécurité psychologique s'améliore ?
Deux indicateurs simples : le nombre de remontées d'incidents (les collaborateurs signalent-ils les problèmes rapidement ?) et la vitesse de correction (combien de temps entre la détection d'un problème et sa résolution ?). Si ces deux indicateurs progressent, la sécurité psychologique s'améliore.

Pour aller plus loin

Pour approfondir la question du feedback et de la sécurité psychologique, consultez notre article sur le feedback managérial, qui détaille comment donner un retour constructif sans humilier. La sécurité psychologique passe également par une écoute active, qui permet de comprendre réellement les préoccupations et les besoins de chacun. Enfin, il est important de reconnaître que la culture du blâme peut générer des risques psychosociaux importants, qu'il convient de prévenir activement.

  • Philosophie Magazine, n°135, 2020
    Clara Degiovani - ENS Lyon
  • La honte. Philosophie, éthique et psychanalyse
    André Lacroix et Jean-Jacques Sarfati, 2014
  • L'Être et le Néant
    Jean-Paul Sartre, 1943
  • 50 Nuances de Grecs, t. 2
    Charles Pépin, Philosophe et professeur au lycée d'État de la Légion d'honneur

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