Selon Michael J. Sandel, philosophe américain, l'idéologie méritocratique est l'un des principaux responsables de la colère populaire grandissante dans nos sociétés modernes. Cette idéologie postule que la réussite matérielle dépend de l'effort et de la persévérance. Dans son livre La Tyrannie du mérite, Sandel montre comment la méritocratie a conduit à mépriser, exclure et invisibiliser politiquement les classes laborieuses, créant ainsi une crise de reconnaissance et d'estime sociale dans une partie des sociétés occidentales.
Publié le 19 octobre 2022 | Mis à jour le 28 janvier 2026
Sandel affirme que l'ambition de chaque individu n'est pas seulement de consommer mais de contribuer au bien commun et de recevoir une reconnaissance en retour. Selon lui, l'augmentation de la colère populaire est due à l'idéologie méritocratique qui suggère que la réussite financière est uniquement basée sur l'effort et la persévérance. Dans son livre "La Tyrannie du mérite", il expose comment cette idéologie a engendré un mépris, une exclusion et une invisibilité politique envers les classes laborieuses, créant ainsi une crise de reconnaissance et d'estime sociale dans les sociétés occidentales.
Contexte : Promotions contestées, ressentiment, "à quoi bon".
Signaux : Rumeurs ; comparaisons permanentes ; montée des "anti-favoris".
Actions (7 jours) : Expliciter 5 critères d'évaluation ; distinguer performance / potentiel ; ritualiser une reconnaissance "invisible" (contributions non glamour).
Erreur à éviter : Des critères flous, puis un discours moral ("il fallait bosser plus").
Indicateur : Contestations formelles + turnover des profils solides mais discrets.
La question du mérite au travail ne peut être réduite à une simple équation "effort = récompense". La recherche en sciences sociales montre que la réussite professionnelle dépend de trois facteurs interdépendants : le mérite (effort, compétences, persévérance), la chance (opportunités, rencontres, timing) et le contexte (origine sociale, réseau, ressources disponibles). Ignorer ces deux derniers facteurs revient à créer une méritocratie illusoire qui blâme les individus pour des circonstances qui leur échappent largement. Un management équitable reconnaît cette complexité et évalue les contributions en tenant compte de ces trois dimensions.
Cette culture de l'effort promeut l'idée que les détenteurs de diplômes prestigieux sont les gagnants de la mondialisation, car ils ont travaillé dur depuis leur jeune âge. L'orgueil de cette classe dominante dévalue implicitement les moins fortunés, en leur laissant entendre qu'ils n'ont pas fait les efforts nécessaires pour réussir, aussi bien à l'école que dans la vie.
D'après Sandel, la méritocratie est une fiction créée par les gagnants de la mondialisation afin de justifier les inégalités économiques grandissantes. Selon cette idéologie, il suffit de travailler dur pour obtenir une place dans une bonne université, obtenir un diplôme prestigieux et ainsi accéder à une position socialement élevée. Pourtant, cette vision ignore les difficultés et les obstacles qui entravent l'ascension sociale des travailleurs non diplômés, qui sont alors blâmés pour leur sort et méprisés. En résulte une crise d'estime sociale, amplifiée par une invisibilisation politique des classes laborieuses.
Selon Sandel, la méritocratie ne repose sur aucun fondement philosophique solide, et les grands penseurs du libéralisme, tels que John Rawls et Friedrich Hayek, ont toujours rejeté l'idée que les individus méritent les récompenses du marché en échange de leurs efforts et de l'exercice de leurs talents. Il existe au moins deux raisons à cela :
Peut-être est-il temps de revoir notre manière de penser ? Un coaching individuel peut vous aider à questionner vos croyances et développer une vision plus nuancée de la réussite. Pour approfondir la question de la reconnaissance au travail, la transparence des salaires peut être un levier puissant pour réduire les injustices perçues, même si elle doit être mise en œuvre avec précaution. Cette démarche s'inscrit dans une réflexion plus large sur la marque employeur, qui permet de créer un environnement où chacun se sent reconnu et valorisé. Enfin, n'oublions pas que la reconnaissance passe aussi par l'appartenance, cette puissante motivation qui permet de se sentir partie prenante d'un collectif où les contributions sont reconnues à leur juste valeur.
Comment réduire l'injustice perçue dans les promotions et évaluations ?
En rendant transparents les critères d'évaluation et en distinguant clairement la performance (résultats obtenus) du potentiel (capacité à évoluer). Explicitez au moins 5 critères objectifs avant toute évaluation, et ritualisez la reconnaissance des contributions "invisibles" (travail de fond, soutien aux collègues, fiabilité) qui ne sont pas toujours valorisées.
Quels sont les signaux d'une méritocratie toxique dans mon équipe ?
Trois signaux principaux : les rumeurs récurrentes sur les "favoris", les comparaisons permanentes entre collaborateurs ("lui a eu ça, pourquoi pas moi ?"), et la montée des "anti-favoris" (collaborateurs qui se désengagent car ils estiment que leurs efforts ne seront jamais reconnus).
Comment mesurer si l'injustice perçue diminue ?
Deux indicateurs simples : le nombre de contestations formelles d'évaluations ou de promotions, et le turnover des profils solides mais discrets (ceux qui travaillent bien mais ne font pas de bruit). Si ces deux indicateurs baissent, l'injustice perçue diminue.
© Quasar Lille
Pour aller plus loin :
La Tyrannie du mérite
Michael J. Sandel, Albin Michel, 2021
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