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Télétravail (3/3) : passage à l'hypertemps

Dirigeant, Manager, Équipe, Salarié.
Publié par DL · 12 Mars 2021
Tags: TélétravailSociétéPsychologie
LA FIN DES SONS DE CLOCHE

Le philosophe Pascal Chabot fait partie des chanceux qui ont pu mettre le confinement et le couvre-feu à profit pour mener à bien un projet personnel et créatif. Il vient de faire paraître un essai intitulé "Avoir le temps". L'invention il y a 1500 ans de l'emploi du temps, rappelle-t-il, c'est à dire à l'époque du compartimentage du travail et de la prière, s'est faites dans les communautés religieuses européennes, avec l'apparition des règles monastiques dont la cloche synchronisait les activités et les consciences. Ces règles assuraient bonne gestion, prévisibilité et alternance des rythmes.

Et le monde industriel s'en est évidemment largement inspiré, ce modèle ayant prévalu dans les usines comme dans les bureaux. Or nous voyons qu'il est en passe d'être abandonné dans beaucoup de secteurs. Mais est-ce une chance ? La règle de Taylor n'était-elle pas coercitive ? Bien sûr qu'il y a une opportunité d'émancipation. Avant qu'apparaissent les emplois du temps, les paysans ne se disaient pas : je vais faucher ce champs en 2h30. Un tel compartimentage est  abstrait et fait violence à la vie même, là où il est bon que le travail ou l'oeuvre dicte sa propre temporalité. Quand vous construisez un mur en pierres sèches, quand vous écrivez un chapitre, ça prend... le temps que ça prend. Avec le télétravail, nous essayons de retrouver un rapport au temps plus fluide et plus spontané et, parfois, nous y parvenons. C'est un polyphasage qui s'invente en ce moment. Je peux travailler, expédier mes mails, mais aussi bouquiner ou faire la cuisine au milieu de l'après-midi.

Le philosophe Yves Citton confirme dans "Pour une écologie de l'attention" que ce qui était autrefois réservé à une élite est en train de se développer depuis des décennies. Dans le capitalisme industriel classique, un salarié vend sa force de travail, au sens physique du terme, pendant un nombre d'heures défini. Et la quantité de richesses produites est proportionnelle au nombre d'heures passées à l'usine. Avec le capitalisme cognitif, cette règle de proportionnalité ne s'applique plus. Vous devez écrire un rapport, résoudre un problème informatique, monter une campagne d'influence... Peut-être allez-vous explorer une fausse piste et même ne rien produire du tout pendant une semaine, en travaillant 12 heures par jour. Ou à l'inverse, l'idée décisive vous vient en un déclic, dans votre lit ou le week-end. Seuls les savants et les artistes, autrefois, avaient ce régime temps particulier, où la productivité n'est pas en proportion linéaire à la quantité d'heures. C'est ce qui se démocratise.

PASSAGE À L'HYPERTEMPS

Mais alors, c'est l'arrivée de la liberté ? Eh non ! Malheureusement non, parce qu'il y a plusieurs écueils. D'abord, quelque chose de pire que l'emploi du temps est en train de nous tomber dessus. C'est ce que Pascal Chabot appelle l'hypertemps. Nos ordinateurs, téléphones et l'omniprésence des horloges font que nous sommes synchronisés en permanence. Et puis les message, les mails que nous recevons sont des injonctions qui ne disent pas leur nom. C'est le paradoxe : le compartimentage de l'emploi du temps a sauté, mais la contrainte temporelle est omniprésente.

Un constat que partage également Yves Citton : ce phénomène s'accroit du fait de la prise de conscience de la crise économique, de la fragilité de nos organisations et de nos interdépendances. Ce n'est pas seulement parce que je suis surveillé que je me mets à bosser tôt le matin ou tard le soir, c'est parce que je sens que mon activité est menacée et que ma performance engage nos intérêts collectifs. Pour que notre modèle ne s'écroule pas, je réponds à mes supérieurs, à mes collègues : je m'épuise en étant persuadé de travailler "pour nous" plutôt que "pour eux" ou seulement "pour moi". J'oublie la culture syndicale du conflit ou de la négociation. Je donne le meilleur de moi-même 24/24h. Les mails et les visioconférences intensifient cette tendance au long cours.

Un autre écueil tient à la déstabilisation de la vie de couple ou de famille par les écrans. Le danger d'imposer le temps de son propre écran aux autres. Mon écran, c'est l'hypertemps à domicile. Et les autres, mes enfants, ma famille, quand je suis concentré dessus ne voient pas la tâche en cours, ils ne perçoivent qu'un fantasme. Je les prive de ma présence et même je les empêche de communiquer entre eux.

Enfin, lorsqu'on travaille sur des appareils connectés, il y a un oubli de l'environnement concret. La réunion Zoom est devenue le symbole de cette interaction appauvrie. On crée à l'aide de ces plateformes un milieu de rencontre isolé de notre milieu de vie réel ce qui est très curieux. Prenons l'exemple des colloques universitaires : pourquoi se déplacer en avion et loger à l'hôtel des chercheurs, ce qui est polluant et onéreux, alors qu'ils pourraient partager leurs communications sur Zoom ? Réponse : parce que la plupart des bonnes idées, les pistes de collaboration fructueuses qui sortent de ces colloques sont liées aux échanges informels. Zoom nous focalise sur le centre formel de la réunion de travail mais nous ampute du milieu de la collaboration. Nous nous trouvons donc dans un moment traumatique coupé de ces relations vivifiantes qui rendaient le travail intéressant.

Dans ce contexte, à l'heure où les organisations et les managers sont malheureusement focalisés sur des réponses techniques à la crise que nous traversons, la perspective est douce-amère. Bienvenus, humains, dans l'hypervie active.

DL - Quasar Coaching


Pour aller plus loin :
Avoir le temps
Pascal Chabot, PUF,  février 2021
Pour un écologie de l'attention
Yves Citton, Seuil, 2014
Enquête sur la fusion du travail et de la vie
A.Lacroix, Philosophie Magazine, novembre 2020


Télétravail (1/3) : Mes pâtes ont le goût de mes mails





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